État actuel
La Terre n'a pas guéri.
Cinq siècles après le début de la Grande Pandémie de Flutterite, les relevés à distance effectués par le laboratoire orbital de l'Union confirment ce que beaucoup préféreraient ne pas savoir : l'agent pathogène est toujours présent dans la biosphère terrestre. Sa prévalence exacte, son évolution depuis les derniers siècles, son état actuel (actif, muté, atténué) restent partiellement inconnus. Ce que les instruments de l'Union peuvent mesurer depuis l'orbite indique une présence persistante. Ce qu'ils ne peuvent pas mesurer soulève des questions auxquelles personne ne souhaite répondre en envoyant des équipes sur place.
La population humaine sur Terre a disparu de facto depuis des siècles. Les dernières transmissions reçues datent des premières décennies après l'exode. Ce qu'il reste de vie sur la planète (végétale, animale, microbienne) évolue sans observation directe depuis longtemps.
Indice de viabilité actuel : E4 / B4 - l'environnement physique de la Terre reste techniquement confortable pour un humain. C'est sa biologie qui la rend inapprochable.
La zone d'exclusion
En 2156 (c-59), suite à plusieurs tentatives non coordonnées de missions de retour sur Terre (dont au moins deux ayant abouti à des atterrissages dont les équipages ne sont pas rentrés) la Confédération a instauré un protocole d'exclusion totale autour de la planète.
Une constellation de satellites de surveillance et de défense automatisée encercle la Terre en orbite basse et moyenne. Tout objet quittant l'atmosphère terrestre est détecté, identifié, et neutralisé automatiquement. Tout vaisseau entrant dans la zone d'exclusion sans autorisation préalable reçoit un avertissement unique avant d'être engagé.
Ces mesures ne sont pas symboliques. Elles ont été appliquées à plusieurs reprises depuis leur instauration, contre des vaisseaux de toutes origines, curieux, aventuriers, journalistes, et dans au moins un cas documenté, un vaisseau militaire Strani dont l'autorisation n'avait pas suivi les canaux appropriés.
La justification officielle est simple : la Flutterite a failli éteindre l'espèce humaine une première fois. La probabilité qu'un agent pathogène de cette nature, ayant eu cinq siècles pour évoluer sans pression de sélection liée à des hôtes humains, soit devenu plus ou moins virulent est inconnue. Aucun risque de contamination d'un vaisseau, d'un Starlancer, d'une station ou d'une colonie n'est acceptable. La Terre reste en quarantaine jusqu'à ce que l'Union soit en mesure de garantir une intervention sûre, et cette garantie n'existe pas encore.
Le laboratoire orbital
À une altitude soigneusement calculée pour rester hors de portée de toute contamination atmosphérique potentielle, l'Union maintient une station de recherche permanente en orbite terrestre : le Laboratoire Asclépios.
Son équipe (une rotation de chercheurs en biologie, en virologie et en écologie planétaire) ne descend jamais sur Terre. Ses instruments travaillent à distance : sondes atmosphériques non récupérables lancées depuis la station et consommées après usage, télescopes à haute résolution, capteurs spectrométriques, drones déployés et détruits après chaque mission. Aucun matériel ayant eu un contact direct avec l'atmosphère terrestre ne remonte à bord.
Les données accumulées depuis des décennies constituent l'archive la plus complète de l'évolution d'une biosphère terrestre en l'absence de population humaine. Pour certains chercheurs, c'est une opportunité scientifique unique, une planète entière comme laboratoire naturel de résilience écologique. Pour d'autres, c'est simplement la surveillance d'une menace dont on espère qu'elle ne se réactivera jamais.
Les rapports du Laboratoire Asclépios sont classifiés au niveau confédéral le plus élevé. Leurs conclusions générales sont régulièrement confirmées sans détail supplémentaire dans les communications officielles de l'Union.
La dimension culturelle
Pour les citoyens confédéraux, la Terre occupe une place qui n'appartient à aucune autre planète. Ce n'est pas simplement un monde perdu, c'est le monde d'origine, le point de départ de tout ce que la Confédération est devenue. Les descendants de l'exode portent la Terre dans leurs noms de famille, leurs traditions, leurs références culturelles, leurs expressions idiomatiques. Elle est présente dans la mémoire collective avec une intensité que cinq siècles de distance n'ont pas atténuée.
New Gaïa joue un rôle de substitut partiel pour ceux qui cherchent un lien physique avec cette origine, c'est la première colonie, le premier sol non-terrestre, le plus proche de la Terre qu'un confédéral puisse atteindre. Mais ce n'est pas la Terre.
Cette charge émotionnelle alimente une question que les institutions confédérales évitent soigneusement : la quarantaine sera-t-elle un jour levée ? L'Union ne s'y engage pas. La réponse honnête est que personne ne sait si ce sera possible, ni dans quel délai. La réponse diplomatique est que la sécurité prime sur la nostalgie.